Etre séparé(e)(s) de son bébé à la naissance

Publié le par Justine

   Je m'étais promis de ne rien écrire qui soit trop personnel sur ce blog parce que j'aime avoir mon jardin secret mais voilà, je crois que presque deux mois plus tard, il faut que j'évacue pour enfin passer à autre chose. D'autant qu'en consultant un spécialiste par jour en ce moment, je dois sans cesse ressasser ces moments et les raconter, face à des interlocuteurs pas toujours très compréhensifs. Je passerai sur l'accouchement qui, franchement, a été rude à en croire les gens qui étaient présents, ainsi que tous ceux à qui j'ai du le raconter. De mon côté, je ne l'ai pas trouvé horrible, même si les conséquences ont été dures. Ce que j'ai trouvé horrible, ce n'est pas les 24 heures de douleurs de cet accouchement (même si honnêtement, c'est un peu long sans péridurale), ce que j'ai trouvé horrible, c'est la suite.

 

   Avant d'accoucher, je pensais m'être préparée à toutes les éventualités, notamment celle de la césarienne d'urgence. J'avais imaginé tous les départs, celui suite aux contractions rapprochées, celui qui aurait suivi la rupture de la poche des eaux, ou encore le "je suis à la mater et j'y reste parce que le médecin préfère me surveiller". D'ailleurs, le jour J, je pensais vraiment rester sur place vu toute la surveillance qu'a nécessité ma grossesse. Mais non, j'ai pu rentrer tranquillement chez moi. Pour deux heures, en fait. Après quoi, on m'a appelée pour me déclencher d'urgence aux vu de mes résultats d'examens...pas très bons ("jamais vus" ou "catastrophiques" selon deux médecins vus par la suite). Je m'étais dit que bébé pouvait naître par voie basse ou par césarienne, que je ne le verrai peut-être pas tout de suite mais quelques minutes plus tard, que l'on utliserait peut-être une ventouse ou des forceps, bref, je pensais avoir pensé à tout. Mais en fait, quand on accouche, on se rend compte qu'il y a des milliards de possibilités.

 

   Comme celle d'avoir un accouchement qui se passe mal et pourrait très mal se finir. Je vais vite passer sur les conditions mais en gros : quand bébé était enfin là... il aurait pu ne plus jamais être là. Très vite, il a été emmené "pour les premiers soins". Premiers soins qui, à en juger par les longues minutes qui ont suivi, n'ont pas consisté à juste aspirer ce qui pouvait gêner ses voies respiratoires. On m'a ensuite posé bébé sur les bras pour notre rencontre mais ce n'était pas exactement celle dont j'avais toujours rêvé. Bébé était complètement KO et gémissait de douleur. Malgré tout, j'étais heureuse de l'avoir contre moi, enfin. Et quand quelques minutes plus tard, il était emmené par le SAMU pour filer en réa, j'ai eu l'impression que le monde s'écroulait sous mes pieds. Enfin, si j'avais été debout à ce moment là...

 

   Une fois tous les soins passés, la gynéco, la sage-femme et la pédiatre parties, nous nous sommes retrouvés seuls en salle de naissance. Sans notre bébé. Moment cruel quand on s'attend à passer deux heures à admirer ce bébé tout beau tout neuf. Alors qu'on s'attend à être le plus heureux du monde, on est en fait le plus inquiet. En même temps, j'étais sûre au fond de moi que tout se passerait bien, qu'on serait bientôt près de lui, en bonne santé. Mais en attendant, on était là, à entendre les bébés des deux salles de naissance autour pleurer et leurs parents annoncer la bonne nouvelle. Nous, on se regardait juste dans le blanc des yeux à se demander "Est-ce-que ça va vraiment aller?".

 

   Quand j'ai enfin été transférée en chambre a commencé le dur moment de l'annonce. Certes, tout le monde était le plus heureux au bout du fil, mais il fallait ensuite parler du "mais". "Rien de grave mais en fait, il n'est pas avec nous..." De ce moment là, je ne me souviens que de la boule dans la gorge, et d'essayer de ne pas pleurer... Et en même temps, du "Waouh ça y est, on est parents, il est là, enfin" Enfin, presque... Heureusement, assez rapidement, ma gynéco (oui, c'est la mienne, elle ne soigne que moi) est revenue avec une bonne nouvelle : j'allais être transférée dans l'hôpital où bébé avait filé. A ce moment là, j'aurais pu sauter de joie (en vérité, je pesais dix tonnes, je n'arrivais plus à bouger et en plus, je n'avais plus mes vêtements!)!!!

 

   Il s'est ensuite passé de longues heures avant que je ne retrouve MON bébé (la joie des énormes CHR) mais ça y est, enfin, je le retrouvais, je le découvrais, je le rencontrais. Toujours à distance, sans le prendre dans les bras et à ne pas savoir où le toucher tellement il y avait de câbles, sondes et fils en tous genres partout. Le lendemain, j'ai enfin eu ce moment, celui auquel je pensais depuis toujours quand je pensais à la naissance : avoir bébé contre moi, en peau à peau. Moment magique trop rapidement interrompu pour qu'on le transfère. Encore une fois, j'avais l'impression qu'on me l'arrachait, l'accouchement, c'était déjà suffisant!

 

   Aujourd'hui encore, j'ai du mal à digérer et j'y repense tous les jours. L'accouchement en soi, ne m'a pas traumatisée plus que ça. En revanche, la séparation, j'ai toujours du mal à en supporter l'idée. Non, ça ne s'est pas passé comme j'aurais voulu. Oui, on a été séparés. C'est la faute à pas de chance et de la chance justement, je devrais au contraire dire qu'on en a eu puisqu'on a maintenant un beau bébé en bonne santé. A la maison. Avec nous. Mais voilà, presque deux mois plus tard, je jalouse encore celles qui accouchent et ont leur bébé avec elles tout de suite, comme je les ai jalousées lors du jour J ou que j'ai jalousé tous ceux qui rentraient chez eux, chaque jour, à l'hôpital. Cette séparation reste et restera sûrement toujours dans un coin de ma tête, même si tout va bien aujourd'hui. J'ai du mal à passer à autre chose, alors qu'on est maintenant 24 heures sur 24 ensemble. Que parfois, je suis même pressée qu'il dorme pour faire autre chose (mais que, dès qu'il dort, il me manque et je fonce le regarder dormir...).

 

   Bref, on a été séparés et j'ai l'impression de devoir faire le deuil de la naissance et des premiers jours que j'espérais. Ce n'est pourtant rien de grave mais voilà, je sens qu'il faudra du temps avant de réussir à m'y faire.

 

   Et vous, comment se sont passées vos premières rencontres avec bébé? Et si vous avez été séparés, comment avez-vous géré?

 

 

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Mon Joli Coeur 14/04/2015 14:43

Je te comprends car moi aussi il a été transféré dans un autre hôpital une heure après avoir accouché et je n'ai pu le "rejoindre" que le lendemain après-midi. Mais comme tu en parles, j'ai l'impression que ton cas était tout de même plus difficile car nous avons eu la chance d'avoir un bébé qui allait tout de même bien, respirait tout seul... Mais du coup je comprends un peu ce que tu as vécu, pas de bébé dans le berceau à côté de notre lit et aussi le fait d'envier les parents en néonat' qui sont enfin autorisés à rentrer à la maison avec leur bébé... Heureusement maintenant tout va bien, nos bébés sont avec nous :-)

Allychachoo 06/10/2014 17:02

Je comprends tellement ce que tu as pu ressentir... Je n'ai toujours pas fait le "deuil" de ne pas avoir eu mon fils contre moi après sa naissance, c'est une sensation qui me manquera à jamais je pense. Mais comme tu le dis, on peut tout imaginer avant, mais au final on n'accouche pas comme on pensait !

Justine 06/10/2014 17:09

Ca, c'est sûr! Après, tout le monde te dit "Si tout va bien c'est l'essentiel" mais pour autant, il ne faut pas hésiter à parler de ce que tu ressens, de ce manque ; je n'avais pas osé le faire avant mon post et même si les gens ne comprendront jamais exactement puisqu'ils ne l'ont pas vécu, toi, tu te sentiras mieux d'en avoir parlé, ça te décharge un peu de tout ça!

Bon courage à toi, je sais que c'est long, qu'on vit un peu au jour le jour mais le moment tant attendu viendra et là, c'est vraiment que du bonheur (même quand il hurle la nuit, oui!)

Mélanie 27/09/2014 08:58

Quel beau témoignage. Écrire permet souvent de se libérer de quelques poids. J'espère que cela t'a fait du bien. Comme tu le dis un accouchement a beau être fantasmé pendant des mois, on croit avoir tout imaginer et rien ne se passe jamais comme on l'aurait cru.
Lorsque tu m'as raconter j'ai trouvé que tu étais une fois encore très courageuse. Tu es très courageuse mais on touche là à quelque chose des plus intimes. La maternité est un lien inexplicable, viscérale et tellement fragile parfois que je comprends ta frustration, tes regrets... ils s'effaceront avec le temps. Moi je sais que j'aurais très mal vécu une césarienne par exemple.
Surtout ne t'en veux pas pour quoique ce soit et laisse le temps faire son oeuvre. Devenir maman chamboule tellement tout, il faut bien quelques mois pour digérer tout ça, encore plus lorsque tout ne se passe pas très bien.
Gros bisous

Justine 06/10/2014 17:00

Courageuse je ne crois pas, c'est juste qu'on avait pas le choix! On en parlait justement avec la pédiatre ce midi parce qu'elle nous avait trouvés zen en salle de naissance ; en fait, il y a juste des choses pour lesquelles on n'a aucune prise, on ne peut rien faire d'autre qu'accepter pour avancer. Avoir parlé de cette séparation m'a fait du bien, ça passe mieux depuis :) Et comme tu le dis, il faut bien quelques mois pour digérer ça, on a quand même bouleversé... toute notre vie ;) Merci à toi pour ton message :)

Miryam 26/09/2014 21:20

Comme je te comprends, je pense que la meilleure thérapie est le pardon, pardonner ces situations aux médecins, aux gens, aux procédures et à toi même. On manque encore, dans ce monde que les gens pensent "avancé", de connaissances, de sciences. Le contact avec la mère est primordiale surtout dans les premiers instants, surtout si le bébé ne va pas bien, les maternités commencent à changer doucement en ce sens, surtout par rapport aux prématurés.

Justine 06/10/2014 16:57

Tu as tout dit, c'est exactement ça! Cette fois-ci, le contact n'a pas pu être possible parce qu'il fallait le réanimer au plus vite mais c'est vrai que le contact est primordial! Heureusement, aujourd'hui, tout va mieux :)

Elizabeth 26/09/2014 16:16

J'avais compris qu'il s'était passé quelque chose de grave avec la naissance de ton enfant, mais je pensais pas à ce point. J'espère que tu arriveras à faire le deuil pour mieux vivre avec ton bébé, je te le souhaite de tout coeur.

Justine 06/10/2014 16:56

Merci à toi pour ton message :) Rien que d'avoir écrit a fait beaucoup de bien, et de beaucoup en parler avec Monsieur également. C'est pas des moments faciles, il y a encore des étapes importantes à franchir pendant quelques années mais je crois qu'on peut le dire : le pire est derrière nous ;)